Est-ce qu’un marché Bull injecte de la richesse dans l’économie?

Voici une réponse à un auditeur de mes blogues vidéos. Merci Yvon pour vos questions :

Première question de Yvon : « M.Dontigny, est-ce vrai que les indices boursiers n’incluent pas le rendement que procurent les dividendes? »

Oui c’est vrai que les indices boursiers que vous voyez à la Télévision aux nouvelles, et les indices que l’on retrouve sur les sites web comme Yahoo, CNBC, Canal Argent etc. n’incluent pas les dividendes. Ce sont des indicateurs de prix. Il existe des indices de « rendement total » qui incluent les dividendes et qui présument que les dividendes sont utilisés pour racheter des actions de l’indice automatiquement (sans frais ou commissions) mais en général il faut payer pour ces indices.

Deuxième question de Yvon : «Monsieur Dontigny, est-ce que les bull-market procurent de la richesse qui va être injectée dans l’économie? »

En fait, un véritable marché bull devrait être la réflexion d’une économie en croissance et non pas l’inverse. Si la bourse monte et que vous vendez vos actions pour dépenser cet argent, on pourrait croire que cela aide l’économie, ou que votre argent est « injecté » dans l’économie. Mais il ne faut pas oublier que celui qui a acheté vos actions, au même prix que vous les avez vendues, a utilisé de l’argent pour le faire et cet argent provenait ultimement de l’économie. (si il a vendu d’autres actions pour l’acheter, un autre avait achetées celles-là et ainsi de suite.)

L’injection dans l’économie se fait surtout au niveau des nouvelles émissions. Si une compagnie privée ou publique vend de nouvelles actions au public et qu’elle investit l’argent reçu dans des projets économiques tels usine, machinerie, employés, alors oui il y a injection dans l’économie.

Si les gens conservent leurs actions et empruntent an les donnant en collatéral, il y a injection d’argent dans le marché boursier, mais pas dans l’économie. Lorsque les compagnies rachètent leurs propres actions avec leur propre argent ou à l’aide d’emprunts, ils utilisent alors de l’argent qui aurait été dans l’économie pour faire ces achats, donc lorsque le vendeur de ses actions reçoit cet argent, il peut réinvestir an d’autres actions ou prendre cet argent et le dépenser (injecter dans l’économie). L’effet est donc au mieux neutre et au pire, négatif dans l’économie en termes de flux monétaires.

Le Chairman de la Fed Ben Bernanke a dit (écrit un article publié dans le Washington Post) qu’il voulait gonfler le prix des actions pour créer un effet de richesse (Wealth effect), ce qui ferait dépenser les gens et donc augmenter les ventes des compagnies qui alors embaucheraient de nouveaux employés, ce qui créerait une croissance dans l’économie, et cela justifierait d’avoir utilisé de l’argent imprimé pour tenter de faire monter le prix des actions artificiellement.

Il ne semble pas avoir été conscient que ce n’est pas un processus économique naturel, ni que ce genre de manipulations a historiquement été désastreux. John Law avait fait cela autour de 1719 pour tenter d’aider le roi de France Louis XV à redresser ses finances. Et depuis ce temps, plusieurs pays l’ont tenté incluant l’Allemagne Weimar (autour de 1920). Weimar n’était pas dans la situation que nous avons actuellement, ayant perdu la première guerre mondiale.

Mais le processus de création de richesse par le gonflage artificiel du prix d’un actif qui doit par la suite être revendu pour bénéficier de la valeur ainsi accumulée n’est pas un processus économique valide, en grande partie parce que puisque l’actif doit être revendu, quelqu’un d’autre doit aussi avoir augmenté sa richesse pour l’acheter. Il existe des indicateurs qui montrent l’effet multiplicateur que peut créer une injection d’argent dans l’économie (incluant l’injection d’argent imprimé) et ces indicateurs sont aujourd’hui à des bas historiques, démontrant que le processus utilisé par la banque centrale ne fonctionne pas dans l’économie.

Il est fort possible que la véritable raison pour laquelle la Fed a imprimé plus de 3 000$ milliards pour acheter des obligations du gouvernement américain et des titres hypothécaires, ne se situe pas sur le plan économique, mais plutôt sur le plan purement financier.

Premièrement, certains doutent de la capacité du gouvernement américain à émettre de la dette sans la participation de la Fed dont les quantités d’argent imprimé (environ 1 000$ milliards depuis un an) ressemblent étrangement aux quantités de déficit (dette additionnelle du gouvernement).

Deuxièmement, ces achats, notamment les achats de titres hypothécaires, ont créé des balances positives de liquidités dans les banques. Certains croient que ces balances sont conservées parce qu’il n’y a pas de projets à financer dans l’économie (pas de demande pour des prêts) ou parce que les banquiers ne veulent pas prêter à c cause des risques (offre de prêts). À mon avis, ces balances font partie d’une entente entre les autorités et les banques afin de bâtir des réserves pour compenser des pertes non publiques, ou des réserves additionnelles qui seront annoncées plus tard dans le but de forcer les banques à réduire l’effet de levier dans les produits dérivés.

Il y a autour de 1 000 000 de milliards de $ de produits dérivés en circulation mondialement, dont la majorité est détenue par une vingtaine de banques. Par exemple, la dernière fois que j’ai regardé, la Banque Royale avait 7 000$ milliards de valeur notionnelle de produits dérivés. La valeur notionnelle est la quantité sur laquelle les fluctuations de prix sont enregistrées.

Les dérivés ont été la cause principale de la crise de 2008 et à mon avis l’effet domino latent dans les marchés du crédit et des dérivés est encore très présent mondialement.

Paul Dontigny Jr, M.Sc., CFA

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28 réponses à Est-ce qu’un marché Bull injecte de la richesse dans l’économie?

  1. J’observe quelques titres qui sont transigé à NYSE et en Europe
    A titre d’exemple, Sanofi et Shell me laisse perplexe, s’agit-il des mêmes actions ? Les valeurs ajustées une fois la conversion de devise ne correspondent pas !!!
    EX.:
    Sanofi: SNY 50.74$ US SAN €74,00 (101.62$)
    Royal Dutch Shell RDS.a 73.40$ US RDS.a €26.84 (36.86$)

    • S’ils ne correspondaient pas juste à cause de la monnaie, alors les arbitragistes feraient des transactions de « hedge » jusqu’à ce qu’elles soient égales. Il peut y avoir plusieurs catégories d’actions.

  2. Yvon dit :

    Merci M. Dontigny
    Pour la première question, combien de pourcentage de plus représente les dividendes au Canada et aux USA sur le rendement des actions? Dans les fonds indiciels, les acheteurs de ces fonds profitent-ils des dividendes?

  3. Yvon dit :

    Paul Durivage de La Presse écrivait le 19 février: » Les Bourses, petites et grandes, de la planète ont effacé pratiquement toutes les pertes subies depuis le début de l’année dans ce qui aura été vraisemblablement une petite correction de l’ordre de 5%. Au total, plus de 3000 milliards US de capitalisation boursière ont été recouvrés au cours des dernières séances, selon les calculs de l’agence financière Bloomberg. »
    3000 milliards recouvrés pour seulement quelques séances, c’est énorme. Je ne sais pas ce que représente la plus value boursière depuis 2009, mais ça doit être plusieurs fois les 3000 milliards injectés par la FED?

    • La valeur des bourses mondiales est autour de 50 000$ milliards. Cette valeur a donc baissé de 3 000$ et les a repris en quelques jours, effectivement.
      L’argent de la Fed ne fait pas monter les prix à cause de la demande direcetement cause par l’argent reçu dans le système. Il le fait en manipulant l’opinion des investisseurs. Tant que les investisseurs croient que c’est une bonne chose que la Fed imprime, les actions montent car les investisseurs sont disposes à payer plus cher, ou à ne pas vendre à mesure que les prix montent. Mais ces investisseurs n’ont pas reçu de l’argent de la Fed directement dans leur poche.

  4. Yvon dit :

    M.Dontigny. J’ai eu la réponse à ma question du 21 février dans le dernier rapport annuel de Hussman dont voici un extrait:We presently estimate prospective 10-year S&P 500 nominal total returns averaging just 2.7% annually, with negative expected total returns on every horizon shorter than 7 years. Given a 2% dividend yield, we expect the S&P 500 Index to be no higher a decade from today than it is at present.

  5. Martin lavoie dit :

    Bonjour,
    Pourrais-tu expliquer d’ où vient les entrées d’ argent en bourse si
    ce n’ est pas celles de la fed? Selon plusieurs, dont toi, l’économie est
    en faible reprise , le chômage élevé et les résultats des compagnies seraient truqués selon ce que tu mentionnes régulièrement.

    Ils y a des limitent à emprunter pour investir en bourse non ?

    Martin

    • Ce ne sont pas vraiment les entrées d’argent en bourse qui font monter les prix. Ce sont les opinions au sujet des actions.

      Quand la fed achète des obligations avec de l’argent imprimé, elle retire un certificate d’obligation de l’économie et du système financier, et le remplace par des liquidités. Les vendeurs de ces obligations font quelque chose avec cet argent: acheter d’autres obligations par exemple, permettant ainsi au gouvernement US d’émettre de nouvelles obligations sans créer d’excès d’offre d’obligations. Les vendeurs s’ils sont des banques peuvent aussi re-prter cet argent à des spéculateurs qui utilisent des marges pour transiger (hedge funds).

      De façon générale, la Fed modifie l’opinion des investisseurs en utilisant une logique qui laisse croire qu’elle supporte les prix des actions avec ses achats. Bien que la Fed ait tout essayé en 2000-2002 et 2007-2009, les actions ont tout de meme subi des baisses de 50-% Durant ces périodes.

      J’ai sur-simplifié ici mais c’est essentiellement ce qui se passé. Je vais faire une chronique vidéo bientpot au sujet de l’épisode de John Law en France autour de 1715.

  6. Martin lavoie dit :

    Bonjour Paul ,
    Autant l’ UE semble imprimer de l’ argent à l’ infini :

    La troïka des créanciers du pays (BCE, UE, FMI) est revenue le 24 février à Athènes pour reprendre l’audit des comptes et réformes du pays. Athènes attend le déblocage d’une tranche de prêt d’environ 8,5 milliards d’euros, nécessaire avant l’arrivée à maturité fin avril de bons du Trésor.

    Aussi :

    Les négociations entre le gouvernement grec et la troïka de ses créanciers progressaient à petits pas samedi en vue du versement d’une nouvelle tranche d’aide, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso misant prudemment sur leur issue «la semaine prochaine».

    La troïka des créanciers du pays (BCE, UE, FMI) est revenue le 24 février à Athènes pour reprendre l’audit des comptes et réformes du pays. Athènes attend le déblocage d’une tranche de prêt d’environ 8,5 milliards d’euros, nécessaire avant l’arrivée à maturité fin avril de bons du Trésor.

    Comme la Fed Américaine , selon toi , ils peuvent faire ça encore 5 , 10, 20 ans ?

  7. Martin lavoie dit :

    Bonjour Paul,

    Qu’ en penses-tu ?
    http://www.moneymakeredge.ca/index.cfm

  8. Yvon dit :

    Ce que j’ai appris: le plus grand risque que j’ai pris ces dernières années, ce fut de ne pas prendre de risque. Dommage…
    Salutations!

    • Le risque n’est pas le résultat (ex-post). Le risque est la probabilité assignée à certains scénarios négatifs futurs.
      Si vous traversé l’autoroute métroplolitaine (la 40) à pied et que vous ne vous faites pas frapper, ça ne réduit pas le fait qu’il y avait un risque.
      S’il y a un risque (baisse de marché) et qu’il ne se produit pas dans le futur, ça n’enlève pas le fait qu’il y avait des scénarios qui auraient pu causer une baisse.
      D’autre part, dans le cas des marchés, il faut stipuler l’horizon d’investissement. C’est pourquoi je dis aux gens que je crois que le risque se produira à la fin de cycle complet. Le cycle est beaucoup plus long que j’aurais cru possible, mais mon opinion ne change pas … au contraire : Avec toute la dette, la pauvreté et l’argent imprimé, ajouté aux autres problèmes structuraux comme la surconsommation, et ajoutons aussi les surévaluations des actions et la bulle de profits artificiels, le marché retombera à mon avis non pas 20% plus bas, mais 50% et plus aux bas de 2002 et mars 2009, ce qui correspond aux prix de 1997.
      L’attente en aura valu la peine. Mais pour l’instant la peine est lourde …
      Paul Dontigny Jr. M.Sc., CFA

  9. Yvon dit :

    Bonjour M. Dontigny
    Vous êtes bien tranquille depuis un certain temps… Je lisais un commentaire dans la Presse d’aujourd’hui que j’aimerais vous entendre commenter… Le voici:

    Qu’est-ce que les marchés sous-estiment le plus ?
    Je crois que les investisseurs sous-estiment la capacité des marchés boursiers à continuer la tendance haussière entamée depuis maintenant plus de cinq ans.
    Il ne faut pas oublier qu’il est normal que ceux-ci montent, la moyenne étant de près de 10 % par année au cours des 200 dernières années.
    Un investisseur ayant pris une approche plus défensive a possiblement manqué la plus belle possibilité d’enrichissement de toute une génération. Et rien n’indique que ce marché haussier s’essouffle. Il faut donc profiter de ce que le marché nous offre et ne pas essayer de jouer au plus fin avec lui.
    L’histoire montre clairement que les experts positifs ont eu beaucoup plus souvent raison que les experts négatifs, malgré la place de chacun dans les médias.

  10. Yvon dit :

    Bonjour M.Dontigny
    J’espère que vous allez bien. Je souhaite votre retour sur le web dans le contexte actuel où vos lumières nous seraient bien utiles. Je désires aussi vous souhaiter une bonne année.
    Salutations!
    Yvon

  11. jason dit :

    que penser vous du marché immobilier au Quebec et de sa prochaine direction horrison 5 10 20 ans

  12. Yvon dit :

    Bonjour M. Dontigny

    La situation actuelle est insoutenable pour un investisseur prudent. Nous en sommes presque rendue à payer pour rester sur les lignes de côté. Si on considère l’inflation, nous sommes en taux négatifs. Pendant ce temps la caisse de dépôt fait de 12% et les actions américaine battent des records de rendements….il est probablement trop tard pour investir en bourse….que faire maintenant? dormir comme l’ours en hivers? Est-ce pour cette raison qu’on a plus de nouvelles de vous sur ce blogue?
    Merci de me répondre…
    yvon

  13. Yvon dit :

    M. Dontigny, J’ai 3 commentaires en attente de validations… Vous pouvez les détruire. Ils sont passés dates…. J’aurais tout de même aimé avoir des signes de vie de votre part…
    Salutations!
    Yvon

  14. Tourbillon dit :

    Monsieur Dontigny, nous avons besoin de votre point de vue réaliste et éclairant plus que jamais en ces temps difficiles. Revenez-nous vite avec une nouvelle chronique! 🙂

    • Je ferme ma pratique de gestion de portefeuilles.

      • Tourbillon dit :

        Je suis vraiment désolé d’apprendre cela, et en même temps bien curieux. Il me semble que votre dernière chronique vidéo qui décrivait comment les investisseurs se transforment graduellement en spéculateurs n’a jamais été aussi pertinente que maintenant. Votre approche fondée sur la prudence, la discipline et le jugement devait bien convenir à certains types d’investisseurs? En tout cas, toute cette volatilité dans le marché boursier, probablement causée par de multiples interventions des banques centrales (qui d’ailleurs cachent leur rôle dans tout ça de moins en moins bien), doit rendre bien des investisseurs nerveux. Quelque chose ne sent vraiment pas bon depuis un bon bout de temps…

        J’espère malgré tout que vous trouverez le moyen de commenter ce qui se passe. Quelque chose manque sur le site Les Affaires, il n’y a plus de diversité de points de vue, que cet étrange regard complaisant vis-à-vis du marché boursier… une crise majeure semble approcher, et encore une fois j’ai bien l’impression qu’elle sera présentée comme un mystère total par les médias… Triste époque.

        Enfin, je vous souhaite la meilleure des chances dans vos projets futurs!

  15. Raphael Langevin dit :

    Mon scénario le plus probable demeure la grande dépression déflationniste
    http://www.lesaffaires.com/archives/paul-dontigny/mon-scenario-le-plus-probable-demeure-la-grande-depression-deflationniste/532276

    C’était en 2011.. Penchez vous maintenant vers le scénario d’hyperinflation? Pourquoi?

    Une petite chronique rapide uniquement par passion S.V.P.

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