Investir à 2% … et la retraite bordel ?

Chers investisseurs,

En réponse à une question d’un lecteur … assidu je dois dire car je réponds souvent à ses bonnes questions, j’en profite pour vous faire réfléchir sur votre approche à l’investissement, et sur votre perspective du mode d’opération des marchés :

La question :

Envoyé le 31/05/2012 à 07:24 par ADMIR :

M.Dontigny. J’ai des CPG qui arrivent à échéance…Est-ce préférable de placer dans un compte d’épargne bancaire et attendre que les TI montent? Attendre que la bourse crash? ça peut durer longtemps cette attente et pendant ce temps on repousse l’âge de la retraite…

La réponse de Paul Dontigny :

L’indice Dow Jones est à moins de 1000 points de son sommet … de mars 2000, pour un rendement annuel composé de 0,4% sans frais de gestion, sans frais de commissions, et sans frais de garde ni d’administration.

Le taux de dividendes est à moins de 2,5% et s’est maintenu probablement en moyenne autour de ça depuis ce temps.

Le TSX a fait mieux mais tout de même moins que les obligations, et le Nasdaq beaucoup pire avec une perte d’environ 40% de son sommet de 2000 en date d’aujourd’hui… La plupart des gens étaient investis dans des titres de technologie comme ceux du NASDAQ en 2000, pas dans les titres du Dow.

L’indice MSCI World a procuré un rendement annuel composé négatif en dollars canadiens d’environ 3% par année alors la diversification n’a certes pas fonctionné depuis ce temps.

Alors si vous m’aviez posé la question que vous me posez en 2000, je vous aurais répondu à peu près la même chose qu’aujourd’hui à une grande différence près : J’aurais dit d’investir environ 10% dans des titres qui font de l’argent à la baisse (difficile dans les REER en 2000 par contre et les ETF Bear n’existaient pas à mon souvenir – nous utilisions des ventes à découvert et puts) et environ 90% en obligations de moyen (10 ans) à long terme (30 ans), et vous m’auriez probablement dit qu’à 6% (taux de 2000) ce serait difficile de prendre une retraite dans 20 ans avec ces rendements.

Alors 12 ans plus tard, si je vous dis que j’investis 10% (et possiblement plus bientôt jusqu’à 20%) en titres qui font de l’argent si les actions baissent, et 90% dans des comptes style ING qui rapportent 1,25% (taux flottant), vous me dites que la retraite ne sera pas grasse. Notez que les obligations de 30 ans au Canada rapportent aujourd’hui 2,28%, les 10 ans 1,73% et les 5 ans 1,24% … avant commissions.

Alors ces gens qui disaient, avec raison tout de même, que la retraite ne serait pas grasse avec des obligations à 6%, ne les ont pas achetées et ont investi plutôt surtout en actions … et ils sont confrontés avec la triste réalité que la retraite est encore moins grasse 12 ans plus tard avec des rendements négatifs qu’avec 6%. En effet la plupart, d’après moi la très grande majorité, des investisseurs ont des rendements négatifs ou très peu positifs depuis mars 2000. (Calcul illustratif: à 5% annuel composé 100 000$ en 2000 vaut 180 000$ en 2012.)

Nous ne savons pas exactement la proportion de sgens qui ont réalisé des rendements négatif, car les données ne sont pas publiques au niveau des comptes individuels dans les firmes de courtage et chez les firmes de planificateurs ou autres courtiers.

Alors donc … ce qui semblait ridicule pour la masse des investisseurs et des divers conseillers a finalement  été une très bonne chose à faire avec un risque et une volatilité très compétitives, et probablement supérieures. Je crois que ça sera aussi le cas pour les prochains 10 ans à partir d’aujourd’hui, avec le portefeuile en apparence ridicule que j’ai créé pour mes clients actuels.

Attention ! Ce n’est pas un portefeuille qui ne changera pas sur 10 ans (j’espère !!!) que je vous ai décrit avec 90% en comptes d’épargne. Mais plutôt un portefeuille pour passer à travers la prochaine vague récession-déflation de la crise mondiale qui en est encore à sa phase crise financière. Comme je le répète souvent, la phase « économie » ne peut même pas être sérieusement adressée tant que l’aspect financier de la crise (incluant produits dérivés, défauts de banques et de pays) n’est pas réglée. I’m sorry, but I’m not even kidding !!!

Parlons froidement: Vous devez réaliser que les marchés financiers mondiaux se foutent pas mal de votre désir personnel (ou du miens) de faire de l’argent pour votre retraite. De plus, à mesure que vous vieillissez votre désir de prendre des risques va réduire. En 2000, l’opinion-consensus était que les investisseurs boomers achèteraient beaucoup d’actions dans 10 ans parce qu’ils auraient besoin de rendement pour la retraite. Ayant vécu et vu dans le cas de mon père l’impact du processus de vieillissement sur la tolérance au risque, je savais que ce consensus ne reflétait pas la réalité. (note : mon père a eu 60 ans quand j’avais 1 ans …). Nous le confirmons aujourd’hui.

Tout ceci étant dit, les petits principes suivants pourront vous aider :

Vaut mieux analyser que espérer …

Vaut mieux gérer le risque que spéculer.

Vaut mieux manquer certaines hausses, même majeures, mais éviter les grosses pertes sur le portefeuille total. En bout de ligne on fait probablement mieux (selon vos stratégies personnelles) en maintenant le risque plus faible. « Faible » n’égale pas absence de risque, mais les gens sousestiment beaucoup les risques des marchés financiers.

Je favorise une philosophie d’investissement basée sur la valeur plutôt que sur les fluctuations de prix à court terme. La valeur est estimée subjectivement à l’aide d’analyse financière fondamentale – incluant en grande partie le jugement personnel de l’analyste.

La gestion de portefeuilles, et l’investissement de façon plus générale comme par exemple l’investissement que les compagnies font dans des projets ou usines, représente en réalité la gestion des probabilités des différents scénarios possible. Il faut gagner plus quand nous avons raison, que ce que nous perdons quand nous avons tort. C’est aussi simple, et aussi complexe que ça !

important : Pour avoir une chance de réussir, il est essentiel de comprendre la structure et les caractéristiques du monde institutionnel dans lequel nous investissons – marchés boursiers et autres marchés financiers. Ils faut agir plus comme le casino, et moins comme les clients du casino. Je ne crois pas que beaucoup de gens comprennent ce qui se passe en ce moment dans les systèmes financiers mondiaux et notamment dans les produits dérivés, facteur numéro un de cette crise. Nos décideurs commencent à peine à en réaliser l’ampleur, la complexité et la difficulté à solutionner les problèmes qui découlent directement et indirectement de ces produits dérivés, surnommés « weapons of Finacial Mass Destruction » par le célèbre Buffett.

Bonne chance dans vos investissements … ou devrais-je dire, bonne analyse !

Paul Dontigny Jr, M.Sc., CFA

 

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17 réponses à Investir à 2% … et la retraite bordel ?

  1. admir dit :

    Merci. C’est très clair!

  2. Antoine dit :

    Est-ce que vous utilisez des inverse ETF comme actions qui baisse ou d’autre?

    Si oui, est-ce que vous recommandez de mettre un plus faible pourcentage, mais de prendre ceux qui sont multipliés (ex: 3x).

    Sinon ça me semble une stratégie interessante. C’est ce que Nassim Taleb surnommait la stratégie du « barbell » ou de l’haltere.

    Bonne journée!

  3. YBertrand dit :

    Bonjour. Vous avez entièrement raison sur la question de l’âge vs risque. A 65 ans, je n’ai plus de tolérance au risques qui était déjà, ayant préféré des investissements à long terme (10 ans et plus selon chaque cas). Il y a aussi une question de temps que l’on doit consacrer à son portefeuille, ce qui fut plus raisonnable dans les années 70 et 80 mais est devenu de plus en plus compliqué dans les années 90 et un véritable bordel dans les années 2000, du moins pour mon baggage de connaissances limité. Sur un autre sujet, l’Irak vient de mettre en circulation des « bids » pour les concessions pétrolières qui doubleront en cinq ans la production actuelle de 3Mb/j. L’Irak est le troisième producteur mondial présentement et se glissera en deuxième place avec ce nouvel élan qui leur permettra de doubler sa production à 6Mb/j. Il y aura conséquemment du « dumping » à prévoir et le prix du pétrole chutera drastiquement puisque suivant cette première vague, l’Irak entend entreprendre une phase III qui viendra ajouter à nouveau une production de 3Mb/j. Les concessions ne seront octroyées qu’aux entreprises qui feront simultanément du « crude » et du gaz naturel qui est aussi abondant afin de pourvoir un nouveau projet de production d’électricité qui alimenterait l’Iran, le Kuwait ainsi que l’Arabie Saoudite. Merci et bonne journée.

  4. CroissanceDetteInfini dit :

    À voir la valeur des grosses compagnie TI, on parle de bulle a combien de % de perte ?

    En moyenne les dernières IPO sont pas rentables …

    http://www.businessinsider.com/mary-meekers-latest-incredibly-insightful-presentation-about-the-state-of-the-web-2012-5#-104

  5. Martin Lavoie dit :

    Bonjour Paul,

    Jusqu’ à maintenant tes prédictions se réalisent , manque de timing pas contre : ))) ….sérieusement tu gagnes la confiance de plusieurs alors bravo !

    Maintenant que l’ on sait que toute l’ aide financière n’ a pa réellement fonctionné, on entend parler de stimulus encore une fois, ils vont arrêter où, à ton avis est-ce qu’ ils peuvent imprimer de l’ argent indéfiniment ?

    • Je ne fais pas de prédictions sauf quelques occasions sur un horizaon de 10 ans ou sur des choses comme ma pérdiction que de plus en plus de gens marcheraient dans la rue pour protester (il y a 2 ans je crois ?).

      Je peux avoir des opinions fortes ou croire que les probabilités sont proches de 100% ou de 0% que quelque chose se produise mais c’est vraiment très rare.

      Je crois qu’ils semblent comprendre que l’aide, non seulement ne fonctionne pas, mais elle amplifie sans cesse les problèmes financiers et économiques à moyen et long terme. Ils vont probablement continuer pour tenter de réduire les effets baissers dans l’économie et les marchés financiers. Ils devront inévitablement à mon avis (ouais ça sonne prédiction ce bout de phrase c’est vrai) réaliser que l’idée de sup^porter artificiellement les prix des actions enb bourse a comme conséquence un énorme gaspillage de capital et ne procure pas l’effet de richesse qu’ils croyaient.

  6. YBertrand dit :

    Bonjour. Ce qui m’intrigue dans tout ce bordel de planche à billets concerne la valeur réelle du USD. Lorsqu’un pays imprime sans avoir de « collatéral » pour l’endosser, sa valeur n’est elle pas supposée diminuer par rapport aux autres devises, où est-ce que le montant total actuel n’est pas suffisamment significatif par rapport au total en circulation. J’ai lu hier que la dette US représente plus de 70% de son PIB, peuvent-ils atteindre 100% sans broncher ? Selon l’article, si il n’y a pas de changements majeurs relié aux dépenses de l’État, il serait atteint dans cinq ans. Plus je lis des rapports financier et plus je m’aperçois qu’aucune entreprise est très pro-active sur les question de développements futurs mais comme prévus, le nombre d’acquisitions des moyennes et grandes par les « méga-multi-nationales » ressemblent de plus en plus à des sociétés portefeuilles (parce qu’ils investissent dans des domaines qui n’est pas les leurs). Merci et bonne journée.

  7. YBertrand dit :

    Bonjour. Un ami, docteur en économie et actuaire au Bureau du surintendant des institutions financière m’a fait parvenir un lien il y a dix jour après avoir passé une fin de semaine complète à m’expliquer les hedge funds et les produits dérivés. Je ne cacherai pas que je digère encore l’information en prenant connaissance de nombreux rapports sur ces sujets mais je m’y perdre rapidement. Il a participé en mars dernier à une session extraordinaire du Comité de Bâle sur le contrôle bancaire, invité parmi une équipe d’expert de la Banque du Canada, du BSI et du ministère des finance par la Bank for International Settlements dont le site est à l’adresse suivante http://www.bis.org. La session de travail portait sur les différents mécanismes et accommodements qu’entend se servir la BSI et l’Union européenne pour régler le contentieux entre les banques européennes vs banques américaines. Il transparaît selon lui que la lune de miel entre européens et américains est terminée ou sur le point de se terminer et que la belle vie des banques est terminée et ce partout sur le globe et tout particulièrement les G20. Les USA font souvent chambre à part mais à force de le faire, ils se peintureront dans le coin, la Chancelière Angela Merkel et le Premier ministre britannique David Cameron qui est à la tête d’un gouvernement de coalition avec les Démocrates Libéraux ne cachent pas leur dissidence envers les positions américaines en terme d’économie. Fini les courbettes de Tony Blair et Gordon Brown. En fait, le gouffre entre les deux visions d’ordre économique s’élargie à vue d’oeil et les USA se retrouveront seul dans leur coin. Les USA sont non seulement aux prises avec une économie de pacotille où les investissements sont absents depuis cinq ans et dont la dette nationale est une véritable catastrophe mais font auusi face à un contentieux avec l’Union européenne qui cache de moins en moins qu’elle ne fera pas les frais de la turpitude du système financier américain. Nous sommes en pleine période de poursuites des banques américaines par les banques européennes. J’ai tenté à plusieurs reprises de lui faire dire quelle était la somme d’argent rattachée à ce contentieux. Il finit par me dire que “selon lui et que ce n’était qu’une opinion personnelle” elle devrait dépasser la somme minimale d’un trillion (mille milliards d’Euros). Bonne lecture mais sortez les tylenols :) Il se disait très nerveux face au “catatonisme (sic) volontaire des USA” envers toute réforme économique. Si vous êtes intéressé par les produits dérivés (OTC) veuillez vous rendre à http://www.bis.org/statistics/derstats.htm et consulter les deux pages suivantes dont les liens sont en dernières lignes de chacune d’elle. Merci et bonne journée.

    • Le BIS est une des seules organisations bancaires mondiales à avoir mis en garde contre les excès des dérivés et des banques-courtiers avant la crise qui s’est manifestée pour le public en 2008 … mais cette crise extistait déjà depuis plusieurs années.

  8. P.B. dit :

    @YBertrand : Le ratio Debt/GDP de l’État américain a dépassé les 100% cette année:

    http://www.zerohedge.com/news/total-us-debt-soars-1015-gdp

    Il faut toutefois souligner qu’ils ont un espace fiscal (i.e. une capacité d’accroître leurs revenu fiscaux) beaucoup plus élevé que les pays de l’UE. Il s’agit j’en conviens, d’un  »pouvoir » qui demeure
    très hypothétique compte tenu du clivage entre les Démocrates et Républicains.

    Vous avez discuté du dollar US et de l’absence de  »collatéral » contre les devises. Je crois, un peu en ce sens, que nous sommes présentement dans une guerre de dévaluation des devises. Alors que l’économie mondiale ralentie, dévualuer sa devise demeure la façon de  »voler » une part de la croissance des autres pays. Il s’agit en ce sens d’une course vers les bas fonds pour les devises. Mais puisqu’elles sont évaluées les unes contre les autres, cette course n’apparaît pas au premier coup d’oeil. Le prix de l’or physique demeure donc une façon de mesurer l’état des devises, et comme vous le savez, celui-ci a tout simplement explosé dans la dernière décennie, malgré sa récente stagnation.

    J’ai une totale confiance à l’égard des banquiers centraux pour relancer l’impression de billets dès qu’une menace systémique fera son apparition, probablement vers la fin de l’été ou à l’automne.

    • Attention aux comparaisons car certains pays ont des différences significatives au niveau des services « inclus » à la population, comme par exemple la santé, l’éducation etles infrastructures. Aux USA il y a une portion de ces services à payer par la population (ou à s’assurer) pour ces 3 secteurs. Ce ne sont que 3 exemples.

      • P.B. dit :

        J’en conviens Paul. Je pensais davantage aux taxes à la consomation qu’à l’imposition des particuliers. De toute façon, ça ne change pas la donne dont je faisais état, quant à la volonté des gouvernements et banques centrales de dévaluer leurs devises pour  »voler » de la croissance.

    • YBertrand dit :

      Bonjour. Je vous remercie pour ce lien fort intéressant. C’est ce que je croyais moi aussi compte tenu de l’augmentation du plafond de l’année dernière et le prochain prévu entre novembre 2012 et janvier 2013. Je vais retrouver l’article de Bloomberg d’où le 70% provient pour voir si je n’aurais pas mal saisis l’article. Il est peut être probable que le 4,000$ milliards d’argent de monopoly ou « casino virtuelle » ne soit pas pris en compte, c’est pour cette raison que je faisais trait à la dévaluation (manque de collatéral) car 4 sur 14.5 représente en effet 28%. Comme vous le voyez, il y a quelque chose qui n’est pas clair, du moins dans mon esprit. Sur un sujet complémentaire, je faisait état de mon apprentissage des produits qui m’étaient inconnus (au niveau du fonctionnement) les hedges et les dérivés ainsi que des conclusions que mon ami que j’ai tenté de synthétisé le plus possible qu’il avait en regard des économies américaine et européenne. Monsieur Dontigny m’a indiqué que le BIS était la seule organisation à avoir sonné la cloche (pour ne pas dire le glas) des dérivés. Il y eu aussi Mme Brookleys Born du CFTC qui a été littérallement écrasée par les Greenspan, Rubin et Summers devant le congrès parce qu’elle voulait assujettir les produits dérivés afin de pouvoir enquêter sur ce qui se passait déjà à l’époque (1995+). Je crois donc qu’ils étaient forts nombreux les détracteurs et ceux qui voyaient très bien ce qui se tramait mais je me demande toujours pourquoi, à qui et de quelle façon profite véritablement toute cette turpitude. C’est bien intéressant de vouloir suivre l’argent et de trouver des coupables mais ne serais-ce pas aussi une question de pouvoir, une « psychopathie à cravate » qui était ou est devenue collective. Merci et bonne journée.

  9. admir dit :

    Que pensez-vous des aquisitions d’entreprises européennes que font certaines entreprises québécoises avec l’aide de la caisse de dépôt? Les deux dernières en liste sont CGI et Genivar.

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