Crise expliquée – Pourquoi ne pas imprimer l’argent pour aider marchés et économie ?

Chers investisseurs,

Voici une très bonne question d’un lecteur dans mon article blogue précédent … question beaucoup plus complexe qu’elle n’en a l’air à prime abord.

R.V. dit :

27 janvier 2012 à 11:45(Modifier)

Bonjour M. Dontigny,

Pouvez-vous m’expliquer ce qui peut limitter la FED d’augmenter son Bilan ainsi à son bon vouloir (Cette question pourrait s’appliquer aussi à la BCE)? Jusqu’à maintenant, cette expension ne semble pas avoir dérangé personne. Au contraire, cela a permis d’éviter le pire, tant sur les marchés des actions que sur celui des obligations. Pourquoi la Fed ne pourrait-elle pas continuer ainsi indéfinément, particulièrement dans un environnement déflationniste?

En vous remerciant.

Parce que si un pays, gouvernement ou banque centrale a le pouvoir absolu d’imprimer de l’argent « au plaisir du roi », cet argent perd de sa valeur.

Imaginez que vous puissiez aller à la banque et demander tout l’argent que vous désirez avoir, et que la banque imprimerait aussitôt des billets et vous en remettrait pour le montant demandé. Est-ce que vous voudriez accumuler ces billets pour acheter quelque chose plus tard ? Et avant de répondre, demandez-vous, si quelqu’un se présentait chez vous et vous offrait 14 million de dollars pour votre Toyota Camry, est-ce que vous accepteriez de prendre l’argent en échange de votre voiture ? Quel prix en dollars fixerait le manufacturier de Toyota sachant que n’importe qui peut aller à la banque et se faire imprimer des dollars ?

On en reviendrait rapidement au troc. La monnaie est une façon de calculer combien valent les divers objets et services avec une méthode de calcul commune. Au lieu d’échanger 10 poulets pour un porc, les poulets ont un prix en dollars et les porcs aussi, et si un porc vaut vraiment 10 fois plus qu’un poulet alors le poulet coûte 1$ et le porc 10$. La rareté d’un produit (l’offre) et le désir des gens d’en avoir (la demande) permet de fixer le taux d’échange de chaque produit et services.

Plus les pays gèrent mal leurs affaires (déficits), moins les investisseurs veulent leur prêter. Plus les pays impriment de l’argent sans raison valable, moins les autres pays désirent se faire payer en cette monnaie. Si vous saviez que la banque de Suisse à partir de 2014 va imprimer des billets de banque à tous ceux qui en veulent, voudriez-vous entretemps accumuler des Francs Suisses ? Probablement pas.

Alors c’est pour ces raisons fondamentales que l’on ne peut pas éponger les pertes dues à des spéculations de nos institutions financières avec de l’argent imprimé … ni emprunté.

Vous semblez désirer que les autorités fassent monter le prix des actions pour nous enrichir. Mais il faut tout de même un jour revendre ces actions pour recevoir de l’argent. Qui aura cet argent ? De plus, il ne faut pas oublier que les actions sont un titre légal qui confère au détenteur un droit de propriété sur les actifs de la compagnie, et donc un droit sur les profits futurs de la compagnie. Dans le même ordre d’idée que ci-dessus, voudriez-vous des actions d’une compagnie qui fait toujours des pertes ?

Voudriez-vous des actions d’une compagnie qui vend de nouvelles actions pour encaisser de l’argent à chaque année ? (par exemple si les 100 actions de la compagnie valent 100$ et que vous en détenez une, voudriez-vous que la compagnie vende 100 actions à un nouvel investisseur au prix de 25$ ? Bien sûr que non. La compagnie ne peut pas ainsi imprimer des certificats de propriété (comme de l’argent) et les vendre au prix qu’elle le désire. Qui voudrait acheter de telles parts de compagnie ? C’est le même principe que l’argent et les monnaies.

Il doit y avoir une quantité de monnaie raisonnable en fonction de la population et des activités commerciales du pays. Lorsque les affaires du pays se détériorent, imprimer de l’argent et le prêter à des gens pour qu’ils achètent des actions de compagnies qui se détériorent ne règlera absolument rien, et en plus, créera d’autres problèmes de solvabilité, de crédit et de confiance. N’oubliez pas que de l’argent est imprimé pour que la Fed achète des titres dans l’économie ou pour prêter, cet argent doit être éventuellement ressorti ou remboursé à la Fed et cela affaiblira l’économie et les marchés. Ce quoi parait être une solution facile à court terme peut s’avérer désastreuse à long terme. Nous empruntons et imprimons depuis 2001 (et même avant) et voyez où cela nous amenés !!!

Donc en résumé, les économistes et les participants dans les marchés financiers croient qu’en général (ce n’est pas le cas dans toutes les situations), lorsque la banque centrale imprime trop d’argent, la monnaie du pays baisse par rapport aux autres et par rapport aux biens réels et services et donc les prix des actions, maisons, produits et services, nourriture, etc., montent. On appelle cela de l’inflation. En réalité l’équation est loin d’être aussi simple et linéaire, mais dans les situations extrêmes c’est vrai.

De nos jours, quand la monnaie américaine baisse, ses obligations baissent en prix (taux montent), l’or monte, les actions montent, les prix des commodités en dollar US montent (elles peuvent baisser en d’autres monnaies). Lorsque le dollar américain baisse, c’est le contraire. Et le dollar monte lorsque les marchés croient qu’il y aura plus de plans d’aide, c’est-à-dire plus de dette des gouvernements et plus d’impression d’argent.

Dernière illustration : imaginez qu’il y a 3 ans, j’aie prêté à un individu 200 000$ (hypothèque) pour acheter une maison de 200 000$. Il y a deux ans je lui aurais prêté 50 000$ pour ses dépenses annuelles, et l’an passé je lui prêté 60 000$ pour ses dépenses personnelles et 10 000$ pour un voyage. Sa maison vaut maintenant 100 000$ et il n’a aucune liquidités ni autres actifs et me doit donc sur papier notarié 320 000$, payables au plus tard dans 10 ans dans le cas de l’hypothèque, et dans 3 ans pour les autres prêts.

Je vous propose la chose suivante : Donnez-moi 275 000$, et je transferts à votre nom les titres de dette de cet individu et il devra donc vous rembourser au lieu de me rembourser moi, en plus de vous payer des intérêts de 7% par année (s’il trouve l’argent). De pus, l’individu réclame un nouveau prêt de 70 000$ pour ses dépenses de l’année à venir et pour l’achat d’un magnifique mobilier de salon avec cinéma maison.

Voulez-vous faire la transaction ? Plusieurs banques et Hedge funds ont fait de telles transactions de 2003 à 2008, et maintenant, ce sont nos gouvernements qui les font avec de l’argent imprimé et emprunté. Les emprunteurs en difficulté incluent des individus comme celui que j’ai décrit, et aussi des Hedge funds, institutions financières et des pays. Tous avaient de très bonnes cotes de crédit il y a 3 ans.

Je crois que je viens d’expliquer la crise … encore une fois, d’une manière tout à fait différente. Qu’en pensez-vous ? Si vous aimez cette explication, SVP faites la parvenir à tout le monde que vous connaissez !!!

J’espère que ça répond à votre question et en fait elle est tellement bonne que je la transfère à un nouvel article blogue. C’est une question très fréquente et beaucoup plus complexe que l’on ne le croit.

Merci

Paul Dontigny Jr, M.Sc., CFA

 

 

Cette entrée a été publiée dans Blogue écrit, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

5 réponses à Crise expliquée – Pourquoi ne pas imprimer l’argent pour aider marchés et économie ?

  1. Don dit :

    Paul, votre réponse est bonne en théorie. Mais s’il y a 10 fois plus de crédit dans l’économie que de billets de banque, et que ce crédit se contracte, les Banques centrales pourront imprimer tant qu’elles veulent, il n’y aura pas d’inflation globale (du moins tant que ces banques ne se remettent pas à prêter, et les consommateurs à emprunter). C’est un peu, je crois, ce que l’on voit au Japon depuis des années.

    Non, imprimer ne règle pas les problèmes fondamentaux (le japon va peut-être imploser bientôt avec sa dette énorme), mais c’est vrai qu’à court terme, ça permet de contenir la crise. Ça ne veut pas dire que je suis d’accord, car ça récompense les banques imprudentes et permet au cirque de continuer plus longtemps, c’est à dire aux gouvernements de continuer à vivre le dos des contribuables futurs sans avoir à se réformer. Mais disons que ça va retarder longtemps le «party» de ceux qui ont hâte de voir le système s’écrouler pour de bon. Et c’est vrai qu’à terme, cela va éroder la pouvoir d’achat des citoyens, même que c’est déjà commencé dans certains secteurs, comme l’alimentation. Il risque d’y avoir de l’inflation sectorielle, mais pas globale, et encore moins d’hyperinflation selon moi.

    • Précision : ce que je tente d’exprimer dans mon commentaire, entre autres, c’est que les relations entre différents facteurs ne sont pas linéaires. Une soluition qui fonctionne à 5% de taux d’intérêts ne fonctionne peut-être pas à 0%.

      Une solution qui fonctionne si on emprunte de l’argent pour se sortir d’une mauvaise période cyclique, ne fonctione peut-être pas lors d’un chagement structurel.

      Une solution qui empire gravement et dangeureusement le problème à long terme et qui ne règle même paas nécessairement le problème à court terme, tout en polarisant les richesses et les déséquilibres économiques et sociaux n’en vaut peut-être pas la peine.

      Lorsque certaines limites sont atteintes, il existe des seuils irréversibles de détérioration. Je n’ai pas la prétention de les connaitre avec certitude ou exactitude, mais je suis convaincu que nous les avons dépassés.

      Les pires désastres économiques de l’Histoire se sont produits exactement de cette façon et plusieurs ont mené à graves guerres, toutes autres solutions ayant été inutiles après le dépassement des limites physiques.

      • YBertrand dit :

        Bonjour. J’ai lu dans les années 80 lorsque j’étudiais pour la maîtrise en psychologie industrielle un livre sur la sociologie qui démontrait que les deux guerres mondiales et certaines auparavant avaient été faites parce qu’il y avait plusieurs nations qui étaient au prise avec beaucoup trop de citoyens, qu’ils abusaient sous toutes les formes et avaient peur de perdre le contrôle et finir à la guillotine.

        Il est malheureux que j’ai pedu le titre de ce livre écrits par trois historiens et deux docteurs en sociologie. Ce livre était d’origine Allemande mais j’en ai lu que la version anglaise. Ma description est très sommaire et n’atteint pas ce qu’est son sommaire.

        Nous assitons depuis deux décennies aux USA et en Russie à un appauvrissement de la connaissance et fabriquons des illétrés qui ne pourront pas travailler compte tenu des technologies d’aujourd’hui. Hors le « stratagème » de « service militaire » refait surface aux USA et la défense nationale cible depuis 10 ans, les jeunes démunis à s’enrôler.

        Sur une autre ordre d’idée. J’aimerais savoir ce que fait une entreprise qui est confronté à une offre d’achat (hostile ou pas) avec l’argent produit par l’augmentation sans retenue des actions. Si l’on prend Potash elle est partie de 20$ en janvier 2007 pour atteindre 78$ 18 mois plus tard (août 2008) et est présentement à 48$ après avoir subit un creux de deux ans à 30$. En fait je me demande qui sont les gagnants et les perdants dans tout ce brouhaha. Notez qu’en 2008, les ventes de Potash ont doublé, toutes les autres années sont d’un plat platonique autour de 3$ milliards de revenus par année hormis la dernière à 6$. Est-ce que les citoyens de la Sask. en ont remplis leur silot à grain ou quoi. J’ai connu la fusion de BHP et Belliton qui étaient à mon portefeuille mais il s’agissait d’une fusion et non de l’achat d’une par l’autre. Est-ce mieux pour les investisseurs d’être compensés en argent (par le rachat de leurs actions) ou en actions de la nouvelle entité. Merci et bonne journée.

  2. Righi Moussa dit :

    Que doit fournir une banque centrale à un imprimeur afin de lui imprimer des billets? Merci.

    • L’impression d’argent est essentiellement électronique maintenant en transigeant avec les banques commerciales. Autrement je n’a ipa splus de détails sur l’impression physique ….

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>