Il ne semble pas y avoir de logique dans le marché des actions, à part la logique des spéculateurs et de l’aide organisée. Le marché des obligations est à un prix (taux) qui démontre implicitement que les choses vont très mal. Le prix de l’or aussi. La volatilité des commodités (matières primaires et contrats à termes de toutes sortes) démontre clairement que les fluctuations de prix ne correspondent pas à des changements économiques dans l’offre et la demande de produits physiques, mais qu’elles correspondent plutôt à la spéculation au sujet de l’offre et la demande de produits financiers (contrats à termes sur commodités).
Je m’attends à ce que, comme en 2000 et 2001, comme en 2007 et 2008, la volatilité des marchés continue d’augmenter pour se terminer en baisse majeure des prix des actions. Encore une fois, certains investisseurs croient que les actions représentent un refuge contre une crise de monnaie ou contre l’hyperinflation qu’ils prédisent (et que je n’anticipe pas avant la déflation). Le pire environnement pour les actions est un excès de déflation. Le second pire environnement est un excès d’inflation, comme l’a démontré la période des années 70.
Du point de vue fondamental, c’est-à-dire du point de vue de régler les problèmes structurels de nos économies afin de pouvoir retrouver une base solide de laquelle nous réaliserons une croissance solide, raisonnable et soutenable à long terme, rien n’a été fait jusqu’ici pour régler la crise économique. Je rappelle que la seule croissance économique que nous voyons provient uniquement des plans d’aide gouvernementaux et des banques centrales, ainsi que des déficits et de nouvelles dettes. De plus, il est estimé que le système bancaire devrait être recapitalisé (vendre de nouvelles actions des institutions financières au public) pour un montant entre 2 000$ et 3 000$ milliards.
Pour mettre ceci en contexte, sachez que JP Morgan, la plus grande banque américaine, a une capitalisation de 130$ milliards et la Banque Royale du Canada 65$ milliards. Nous avons vu Daxia se faire privatiser par les gouvernements de la France, de la Belgique et du Luxembourg parce que cette institution ayant des actifs totaux environ de la même taille que la Banque Royale était techniquement en insolvabilité.
Et tout le monde attend, au moment même où j’écris, des nouvelles de la Grèce pour déterminer si la situation sera réglée pour qu’enfin l’économie mondiale puisse retrouver sa croissance économique. Je suis toujours ébahi de voir que les gens puissent croire de telles idées illusoires. Je comprends que les gens n’ont pas le temps de faire des recherches pour se faire des opinions éclairées, mais pourtant, les médias eux ont tout le temps pour le faire, mais ils propagent encore essentiellement le message optimiste.
Le tableau montre que la Grèce est minuscule sur l’échiquier mondial. Pourtant, les marchés boursiers ayant une valeur de 42 000$ milliards ont fluctué plusieurs fois de 2% lors de nouvelles sur la situation en Grèce. Ceci est égal à un changement de valeur des actions de 840$ milliards, soit plus du double de la dette de la Grèce. Les investisseurs institutionnels sont donc au courant qu’il y a un effet domino en place et qu’il pourrait être déclenché n’importe quand. Si ce n’est pas la Grèce, ce sera à cause de l’Irlande où les négociations se poursuivent. Ou l’Italie qui vient d’accepter de se soumettre au FMI. Ou le Portugal, l’Espagne, ou bien des pays de l’Europe de l’Est, ou encore une ou des institutions financières telles Daxia.
On a d’ailleurs vu la faillite d’une firme de courtage américaine (MF Global) et la saisie de la firme par les autorités. Plusieurs municipalités ont fait défaut sur leur dette cette année même aux États-Unis. On lisait cette semaine que plusieurs États américains, même s’ils n’en sont qu’en début d’année fiscale, doivent revoir leur budget parce que les déficits sont plus grands que prévus.
L’Europe est pratiquement en récession au moment où on se parle et les États-Unis le seront très probablement bientôt ou le sont déjà. Au Canada il y a eu une perte de 55 000 emplois le mois dernier … Les mouvements de protestation mondiale prennent de la force. Ce ne sont pas des terroristes ou des anarchistes qui veulent détruire la société. Ce sont des gens qui veulent travailler et qui demandent un minimum de justice sociale dans l’attribution de l’aide gouvernementale tout au cours de la crise. Jusqu’ici, les principaux récipiendaires ont été les institutions financières et c’est absolument ridicule parce qu’avec la manière dont l’aide est « distribuée », le problème structurel n’est pas réglé.
Le problème structurel : une culture de consommation sans fin financée par de la dette. Nous devons absolument changer cette tendance pour retourner vers les valeurs un peu plus traditionnelles suggérant que l’on devrait gagner l’argent avant de le dépenser. Il est normal d’emprunter raisonnablement lorsqu’on est jeune pour rembourser plus tard, par exemple pour l’achat d’une maison pour se loger. Mais notre société ne fonctionne plus de la sorte, la dette étant perçue comme un outil de croissance économique et comme la solution à la crise financière qui a été causée par un excès de dette et par les produits dérivés. Petite note : Obama et Papandreou (Président de la Grèce) ont tous deux mentionné l’importance des produits dérivés dans des discours récents.
Tant que la seule solution à la crise sera de nouveaux emprunts ou l’impression de nouveaux billets de monnaie, l’impact à moyen et long terme sur le système financier et sur l’économie sera en train de se détériorer. Il y a des limites physiques dans l’économie et dans le système financier, et nous les voyons clairement quand un petit pays comme la Grèce peut causer des pertes boursières de l’ordre de 800$ milliards.
La plus récente solution proposée pour régler la crise en Europe démontre très clairement que des limites physiques et politiques ont été atteintes. La solution proposée est essentiellement d’utiliser le fonds de secours européen pour « le leverager ». C’est à dire, utiliser les obligations des pays en difficulté qui ont été ou seront achetées par ce fonds (Irlande, Portugal, Espagne, Grèce, Italie, etc.), pour les utiliser come collatéral pour emprunter. Afin d’emprunter encore plus, on suggère l’utilisation de Credit default swap (CDS) ou d’assurance contre les pertes sur les obligations achetées par le fonds. C’est exactement comme ça que la crise a commencé et qu’elle a dégénéré en 2008.
Et il semble que c’est comme ça qu’elle se terminera avec des défauts majeurs de pays sur leurs obligations. Parait-il qu’il soit préférable de mettre nos pays en défaut plutôt que nos banques ??? Déjà, il semble que la solution pour la Grèce sera de donner autour de la moitié, « cinquante cennes dans’à piasse », aux investisseurs qui avaient acheté des obligations garanties par le gouvernement de la Grèce. Depuis des semaines, on tente seulement d’identifier ceux (banques, caisses de retraite, fonds d’aide et émetteurs de CDS) qui devront assumer la perte d’environ 150$ milliards, et de s’assurer que l’effet domino sera « contenu ». Après la Grèce, ce seront les autres pays et institutions, et voici les impacts de ces processus de restructuration sur l’économie :
- Réduction de dette par le processus de la faillite
- Encaissement des pertes par des investisseurs
- Utilisation de dettes additionnelles et possiblement d’impression d’argent (la Banque centrale Européenne a annoncé hier une baisse de taux)
- Changements de gouvernements ou de dirigeants
- Et pour les pays et institutions (donc les citoyens) : liquidations d’actifs, réduction des dépenses, pertes dans les caisses de retraite, réserves exigées, garanties exigées par la force, pertes d’emploi, réduction des services à la population, hausses de taxes et d’impôts, protectionnisme pour sauver des emplois et pour protéger les compagnies,
BREF, augmentation des comportements qui sont nécessaires mais qui causent du ralentissement économique. Ce sont les limites physiques qui nous forcent maintenant à faire les choix que l’on n’a pas voulu faire par discipline ou sagesse avant qu’il ne soit trop tard. Notez qu’au lieu que ce soit le gouvernement élu qui prenne les décisions des citoyens d’un pays comme la Grèce, ce sont des fonctionnaires du FMI, de la Banque Mondiale, de divers fonds d’aide, et des représentants des agendas politiques de d’autres pays.
Pourquoi les marchés boursiers montaient en octobre ? La journée où il a eu la plus forte hausse apparemment reliée à la Grèce, 60% du volume boursier provenait des Hedge funds (short covering). Les spéculateurs dominent les marchés et la banque du Japon avait fait une intervention dans le yen. Les gouvernements manipulent ouvertement les marchéset se servent des spéculateurs (qui eux se servent des manipulateurs) pour tenter de créer des tendances positives dans les marchés. Les leaders financiers et politiques ont expliqué qu’ils croient que ces manipulations peuvent éventuellement créer des emplois. En réalité, il n’y a pas de raison économique réelle pour que ça fonctionne comme ils le croient, sans douleur. Encore une fois, les limites physiques sont en train d’être atteintes et dépassées (grâce aux emprunts et plans d’aide). Ça ne retombera que plus bas et plus fort à mon avis car les processus d’aide actuelle minent la croissance future avec de la dette et des billets de monnaies à ressortir du système, et ne créent pas de demande réelle pour les biens et services.
Alors dans ce contexte je continue de croire que la prudence, l’abstinence, la patience et la discipline seront récompensés pour les investisseurs qui tiennent compte de la valeur économique des titres, et d’une véritable gestion du risque à long terme.
Paul Dontigny Jr, M.Sc., CFA


M.Dontigny Je ne sais pas comment était les taux d’intérêts dans les années 70? Une hypperinflation avec des TI près de zéro permettrait elle de garder le momentum des actions?
Mr Dontigny,
C’ est maintenant rendu la nouvelle norme de faire augmenter les
marchés boursiers de cette façon. Cette méthode ou une autre quel est le problème, ce qui est important c’ est le résultat non ?
Je crois qu’ il peuvent injecter de l’ argent comme ça encore bien longtemps, qu’ en pensez-vous ?
Martin
Une action en bourse est un titre de propriété de la compagnie donnant droit aux aux actifs et aux distributions de revenus. Elle a une valeur basée sur la capacité de la compagnie à générer des profits soutenables à long terme. Faire monter le prix artificiellement ne fait pas augmenter les profits de la compagnie.
tout à fait d’accord avec vos propos … mais es-ce que ca pourrais être considéré prudent d’investir dans un dépôt terme d’une caisse populaire dépassant largement les limite garantie par les gouvernement en échange d’un meilleur taux préviligier???
Je ne le recommande pas et je ne recommande pas de geler l’argent dans des dépôts à terme de façon générale. Je privilégie toujours l’accès à notre argent et les dépôts qui sont gelés ne peuvent être retirés que si le détenteur décède.
C’est à savoir qui baissera ces culottes en premier… et quand ? Cette décision revient au peuples des pays impliqués. Comme collectivement personne veut faire faillite… Ce sont les limites économiques, tel que M. Dontigny le dit, qui forcera le début du jeu. D’ici là, que fait-on avec nos avoirs?
On tente surtout de protéger le capital sur un horizon de 5 ans. Pour ce qui est des décisions de nos gouvernements, malheureusement, seuls quelques personnes ont la formation et les connaissances pour comprrendre ce qui s’est passé, ce qui se passe, et ce que nous devrions faire pour régler la situation. Ce groupe n’inclut pas de politicien et représente probablement 0,1% de la population. De pus, même si les gens comprenaient, il est possible qu’ils seraient prêts à jouer à la loterie comme le font nos leaders actuels, parce qu’ils ne voudraient pas d’un scénario assurément négatif (le traitement de désintoxicaton à la dette et aux dépenses exagérées).
La désintoxication à la dette est p-e la seule solution pour se sortir de l’enlisement financier que connaissent bcp de pays mais les moyens à prendre pour mener le mieux possible cette entreprise sont-ils connus? Réduire les dépenses (donc les bénéfices à la population) est-elle la méthode la plus acceptable? Augmenter l’impôt pour les plus riches est-elle une solution utile et viable, si tous les pays s’y mettent?
Je verrais bien un arrêt de transaction de quelques semaines sur les places financières pendant lequel un défaut général négocié et organisé serait débattu puis appliqué et un redémarrage avec les survivants. Sans oublier une refonte globale des règles en finance pour ne pas dire des règles en société en général (mais un pas à la fois…)
Que les politiciens s’y connaissent où non (Mme Merkel semble avoir une solide base en économie) ne change rien. L’establishment et les pairs politiciens feront les pressions nécéssaires sur ceux qui dévieront de la ligne directrice dictée par les différents lobbys pour satisfaire ces mêmes lobbys. On n’a qu’à penser à G.Pap…
Je crois que le chemin de moindre résistance qui semble être pris par les instances financières proche du centre de décision (NY et City) est celui de la décroissance planifiée et de la prise de perte progressive. Chemin qui a toute les chances de s’effacer devant l’ampleur de la tâche et le temps requis.
Albi
Je suis d’accord avec vous et c’est pourquoi je crois que les scénarios Dépresson et Japon, tous deux déflationnistes, sont les plus probables.
La vraie résolution de la crise passera par les défauts, d’une façon ou d’une autre.
Effectivement les limites semblent dépassées. On demande au Allemands de liquider leur réserve d’or, la Chine dit quelle va fournir au FESF (en fait les chinois disent toujours Oui, au client du dépanneur comme aux Européens – question de sauver la façe,uniquement), tiens l’État-Uni d’Israel menace l’Iran, les présidents de la Grèce et de l’Italie sont débarqués par les banksters. Quand la mascarade cessera ? Bernanke ou Greenspan n’a pas déjà dit que l’argent, dans le fond, ce n’est que des chiffres électroniques ! Alors on met des zéros et puis «Enter» on fait du Flash Trading !
Paul,
Je partage ton constat quant à une éventuelle déflation; toutefois, je dois avouer que l’impression massive de billets commence à me faire douter. C’est la raison pour laquelle mon ptf d’obligations a dans l’ensembre, une échéance moyenne d’environ 2 ans. Autrement dit, bien que je sois négatif quant aux perspectives pour les actions, je crois aussi que les détenteurs d’obligations à moyen et long termes se feront rembourser leur principal certes, mais avec une devise dévaluée.
Bien que je comprenne que vous ne vouliez pas dévoiler le contenu de votre ptf -c’est comprenable, vos services se paient comme tout le monde-, je crois que les gens apprécieraient de savoir de quelle façon générale vous vous positionnez dans lec ontexte actuel.
Enfin, un dernier point, concernant l’or. Je ne sais plus quoi en penser. Il n’y a pas si longtemps, on nous présentait sa bonne performance dans le contexte d’un »flight to safety » en tant de crise.
L’or serait ainsi une police d’assurance face à un efondrement systémique. Pourtant, au cours du dernier épisode de crise en septembre alors que les actions chutaient, on a vu une chute de l’or corrélée à celles-ci, et la remontée de l’or a suivi celle des actions en octobre… Plusieurs affirment que les hedg funds ont liquidé les actifs sur lesquels ils avaient fait le plus de profits dans la dernière année… Il y a aussi la question des appels de marge…
Bref, j’ai l’impression que des forces centrifuges antagonistes (déflation vs inflation) se disputent l’issu la crise. Pour ma part, je préfèrerais qu’une déflation survienne, bien que collectivement, ce ne serait pas « jojo ». Les débiteurs de tout genre (États, Sociétés pas actions, particuliers) doivent faire face à leurs engagements; ce serait regrettable que ce soit les créanciers -donc les épargnants- qui écopent.
J’ai souvent dévoilé mon portefeuille. En ce moment pour un client sans contrainte de risque avec horizon d’investissement 10 ans +, je suis environ 80% titres liquides sans risque qui incluent des équivalent de compte de banque avec 100 000$ garanti par le gouvernement, et des obligations de maximum 2 ans que j’avais acheté il y longtemps et qui viennent à échéance. Le reste est dans des titres qui font de l’argent quand le marché baisse incluant Puts sur Nasdaq (d’où les liquidités qui sont réservées afin de ne pas avoir d’effet de levier dans les portefeuilles) et des fonds transigés en bourse Bear sur TSX, Financièrers US et S&P 500. Bref, nous bénéficierions d’une baisse générale des marchés.
Notez que les liquidités sont disponible pour prendre d’autres positions Bears, et aussi pour acheter des actions ou obligations selon les changements de prix vs valeur des marchés..
Oui pour les ETF Bears. Mais les fluctuations fortes que l’on rencontre actuellement font que le swing trading ne doit porter que sur quelques jours. La tendance est difficile à maintenir. Paul, comment gérer vous ces fluctuation et ce manque de tendance claire comme ce fut le cas en 2008-2009 ?
Je travail dans pour une Cie de l’industrie lourde. Voici ce que je vois…depuis une dizaine d’année. Les investissements minimum afin de supporter la production sont en baisse constante. Le plan d’investissement de 2012 à été coupé de plus de 80% avec mise en place de plans d’urgences en cas de défaillances. Ils dégagent en ce moment (tant que rien ne lâche) des «profits et des dividendes». Tout le monde y trouve son compte et achètent leurs actions. J’aimerais savoir s’il est possible pour une personne de votre niveau de déceler ce genre de comportement dans une Cie. Comment vous faite pour évaluer la vrai valeur d’une Cie si ces faits sont cachés tel les pertes des banques?
Que vaut la garantie des dépôts lorsque l’état en question est surendetté ? Par exemple, en France le fonds de garantie est notoirement insuffisant. Reste la garantie de l’état. Mais si après l’Italie c’est au tour de la France d’être attaquée…