Réponse à M. Vézina au sujet de la Caisse de Dépôt

(copie de l’article de M. Vézina après ma réponse ci-dessous)

Monsieur Vézina,

Nous vivons une catastrophe.

Si le gens savaient ce qui s’est vraiment passé à la Caisse depuis quelques années, ils seraient révoltés.

Entre autres, ces experts, semble-t-il, ont prêté de l’argent pour 30 jours à des gens qui achetaient des actifs pour 30 ans. Ça ne prend pas une maîtrise en finance pour savoir que ce genre d’investissement ou prêt est inapproprié et consiste en fait en de la pure spéculation. (marché monétaire et PCCA).

Comme vous dites, normalement, la Caisse ne devrait pas faire l’objet de discussion électorale. Mais considérant que les dirigeants n’avaient de toute évidence pas compris le risque qu’ils encouraient avec notre bas de laine, il devrait y avoir une enquête approfondie. À la défense de ces dirigeants, je devrais dire qu’ils ont fait un peu « comme tout le monde » dans l’industrie de l’investissement. Ils ont probablement succombé à la pression des clients (les caisses de retraite et divers fonds qu’ils gèrent) pour obtenir plus de rendement à court terme.

Mais à mon avis, ce n’est pas une excuse, ni une raison valable.

On peut se questionner aussi sur les méthodes de calcul de rendement, de boni, et sur les méthodes de réalisation des pertes (qui peuvent procurer des rendements positifs futurs) et sur l’établissement de boni reliés à des rendements qui sont partiellement le résultat de telles pratiques.

Dans un monde où les gestionnaires de portefeuilles sont évalués par rapport à un indice, et notamment à un indice surévalué, comment ces gestionnaires peuvent-ils réduire le risque des portefeuilles ? Ces gestionnaires, et les dirigeants devraient revoir leur formulation de politique de placement qui les empêche de réduire la proportion en actions sous un certain seuil, même dans une bulle spéculative.

Imaginez que la Caisse ait utilisé ma recommandation de zéro% en actions de 2005 à aujourd’hui, et ma recommandation de n’acheter que des titres à revenus fixes émis par les gouvernements (pas d’obligations corporatives ni d’actions privilégiées). Les résultats seraient extraordinaires en date d’aujourd’hui … s’ils avaient pu conserver de tels portefeuilles. Mais imaginez le tollé en 2005 et 2006 alors que les marchés montaient !!! Ses dirigeants et les gestionnaires auraient probablement perdu leur emploi. La validité et l’avenir de la Caisse auraient été remis en question.

Alors, un des coupables est certainement la mentalité de moutons de l’industrie de l’investissement, supportée inconsciemment par des clients qui exigent des rendements impossibles à réaliser sans risque accru. Puisque les dirigeant et gestionnaires de la caisse ont d’une part sous-estimés certains ces risques au point de ne pas les avoir identifiés, comment voulez-vous que le gouvernement (client de la Caisse) ait vu venir quoi que ce soit ? D’autre part, il devrait avoir au conseil de la Caisse des gens qui verraient venir de tels risques et qui susciteraient des questionnements et discussions sur le sujet, et sur la validité d’une politique d’investissement « typique » d’une industrie de moutons supervisée par des actuaires qui ne sont pas des gestionnaires de portefeuilles et qui évaluent un peu trop à mon avis en se basant sur des moyennes à très long terme. Leurs méthodes ne permettent pas de se protéger d’évènements très peu probables, pas plus que le public ou les clients acceptent de telles stratégies hors des normes.

Conclusion : Ce qui devrait être un sujet Électoral à mon avis : Une enquête mandatée par le gouvernement sur les méthodes de gestion de la Caisse, sur la validité des méthodes d’établissement des objectifs et des politiques de placement, et sur l’impact de la rémunération des gestionnaires et dirigeants lorsque les objectifs d’investissement sont « relatifs » à des indices au lieu d’être « absolus » (cible de rendement comme 5% ou, minimiser le risque de baisse sur 5 ans…)

En fait, c’est le genre de réflexion qui va révolutionner le monde de l’investissement et des caisses de retraite au cours des années à venir. J’ai même assisté à une conférence qui suggérait de telles réflexions en 2002 et j’avais écris des chroniques et lettres financières à cet effet. Historiquement, les changements de cette envergure dans le monde de l’investissement ne se produisent qu’après un désastre financier. Nous sommes prêts.

La Caisse pourrait, et devrait de par son mandat, être un des leaders mondiaux dans ce processus de changement inévitable du monde de l’investissement et des caisses de retraite. Entretemps, il devrait y avoir tout un spectacle de Strip Tease à la caisse et les résultats devraient être rendus publics. Je crois que si la population savait tout, effectivement Monsieur Vézina, ça changerait nos vies.

Article de M. Vézina :

Pas besoin de striptease à la Caisse

Supposons que vous sachiez aujourd’hui que la Caisse de dépôt a virtuellement perdu, à ce jour, 30 % -ou 18 %, ou 32 %-, qu’est-ce que ça changerait à votre vie ?

On serait déçu, probablement soucieux, mais qu’est-ce qu’on pourrait y changer ? Exiger de virer tout le monde et d’en engager de nouveaux ? Ou exiger qu’elle acquiert des participations massives dans les entreprises québécoises – question de s’emmurer comme il faut ?

Non. S’acharner sur les malheurs prévisibles du plus important gestionnaire de fonds de retraite au Canada ne mène nulle part. C’est pourquoi je m’étonne encore de voir les chefs des autres partis continuer de gruger cet os comme ils l’ont fait hier soir lors du débat. Ce qui ne nous empêche pas de souhaiter que la Caisse amende sa stratégie genre « Le Roi n’a pas de comptes à rendre à ses sujets ». Sans tout dévoiler, sans faire de striptease, elle pourrait ouvrir son jeu plus volontairement. Sauf que ce n’est pas un enjeu électoral.

Par contre : au moment où l’OCDE annonce que l’ensemble des pays industrialisés, dont le Canada, seront en récession en 2009, il serait urgent d’admettre, ici, que nous n’en sortirons pas indemnes, et qu’il faut nous aussi penser à intervenir dans l’économie, en prenant tous les moyens nécessaires. En un mot, faire face à la réalité en enlevant les lunettes roses.

Que la sacoche de madame Jérôme-Forget ait un double fond ou non ne change pas la donne : la crise est sérieuse et on ne doit surtout pas la prendre à la légère. Allons-nous vivre une catastrophe ? Non. Faut-il quand même s’assurer de limiter les dégâts ? Oui, Et surtout, ne pas prendre les gens pour des imbéciles en leur répétant que ça va bien.

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